dimanche 10 décembre 2017

Johnny Hallyday

Un million de personnes pour assister à l’hommage à Johnny Hallyday, à l’église de la Madeleine. Qui d’autre pourrait provoquer un tel élan à travers le pays entier ? Zidane peut-être, et encore.

Depuis hier matin, je ne cesse de voir passer sur les réseaux sociaux des messages pleins de fiel, venant surtout de gens de gauche, qui rappelent que Johnny ne payait pas ses impôts en France, que les gens sont des moutons qu’on peut rouler dans la farine en leur chantant des chansons, et qu’en pleurant Johnny Hallyday, ils valident un système oppressif qui est l’origine de tous leurs malheurs.

Etonnante leçon : cette gauche lourde, aigrie, stérile, qui est incapable de parler de Johnny autrement que comme un exilé fiscal, montre qu’on peut avoir la défense du « peuple » à la bouche toute la journée, sans pour autant avoir la moindre idée de ce qu’est vraiment le peuple, ni de ce qui constitue pour lui un Français. Jean-Philippe Smet vivait à Los Angeles, a eu des démêlés avec le fisc dès les années 70, et payait ses impôts en Suisse et aux Etats-Unis depuis plus de dix ans. Pourtant Johnny était français, et des gens, beaucoup de gens, énormément de gens l’aimaient et puisaient joie et leçons dans ses chansons. Il faut vraiment être coupé du pays, bouffé par son aigreur et sa bile, pour ne pas le comprendre.

Il m’était sympathique, mais je connaissais très mal Johnny Hallyday. En revanche je me sais français, et voilà qu’hier, par une alchimie bizarre, je me suis trouvé proche de ce million d’autres Français amoureux de lui, venus se recueillir près de son cercueil. L’émotion m’a pris. Son nom signifiait quelque chose de superficiel et de profond ; quelque chose à quoi j’ai été exposé aussi, malgré moi, sans le savoir, par le seul fait de vivre au milieu de ces gens. Ce quelque chose, j’en ai senti l’écho hier, et soudain c’est comme si moi aussi, j’avais connu et aimé Johnny. Seuls le ressentiment, la bile, l’aigreur envers mon entourage, l’amertume envers ma propre vie, ma vie d’aujourd’hui et d’hier, auraient pu m’empêcher de le comprendre. Alors j’aurais inventé n’importe quel prétexte, l’exil fiscal ou la boisson, et, comme ces gens de gauche qui croient défendre le peuple, j’aurais dit : « bande de beaufs, bande de moutons, bande de demeurés. »

Mais non. Je suis reconnaissant envers tout ce qui, au cours de ma vie, m’a permis de ne pas me trouver dans cette situation. Je suis reconnaissant d’avoir été ému malgré moi par la mort de Johnny Hallyday.

1 commentaire:

  1. Chacune de vos phrases est juste, profonde, primesautière et réfléchie ; je ressens la même chose que vous et je n'étais pas Johnnyphile non plus. Votre analyse de la gauche est aussi cruelle qu'évidente.

    Oui, "ému malgré soi", parce qu'en telle occasion -rare- on comprend ce qu'est une nation, comme si le sentiment d'appartenance s'imposait soudain après avoir été si négligé, et on est bouleversé de voir ses compatriotes tristes, c'est à dire in fine sa famille triste, les siens tristes.

    P.S. J'ai découvert votre blog grâce à Hieronymus sur Twitter, merci à lui.

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