samedi 29 mai 2010

Julia

Il y a dix ans, je travaillais à mon concours de première année de médecine quand j'étais tombé amoureux d'une fille. C'était un amour spontané, une sorte de coup de foudre brutal pour quelqu'un que je ne connaissais pas. Je crois n'avoir ressenti cette impression qu'une seule autre fois depuis : son physique me semblait fortement familier. Quelque chose m'attirait, capturait mon regard, comme si ses traits m'évoquaient un souvenir puissant.

Vous voyez bien. Le choc de sang à la poitrine quand elle apparaissait.
On perd ce genre de passion en vieillissant, ça devient très rare.

Comme je n'étais pas précisément un maître dans les techniques d'abordage (je ne le suis toujours pas, à vrai dire), tout ce que j'avais trouvé à faire était de me placer juste derrière elle dans l'amphithéâtre, de prendre mes cours comme si de rien n'était, et lui jeter un oeil de temps en temps. On fait ce qu'on peut. Et ne la ramenez pas, hein. Je suis sûr que je pourrais vous battre dans plein d'autres domaines.

Cette fille évidemment, avait remarqué ma présence, et ça ne semblait pas la gêner. Au contraire. Elle répondait à mes coups d'oeil, s'asseyait toujours au même endroit, pile devant moi, et me cherchait partout du regard quand (par hasard) je n'avais pas réussi à atteindre ma place habituelle. Je me disais qu'un jour, forcément, il se passerait un truc. Il faut dire que, naïf, je n'avais pas encore découvert que la vie s'en fout, de vos histoires d'amour, et qu'il faut non seulement lutter comme un dingue pour les concrétiser, mais qu'en plus elles ne sont que rarement une porte vers le pays des Merveilles qu'on vous vend depuis votre naissance, à coups de films et de chansons pop.

Un jour, elle est arrivée dans l'amphi avec un minuscule bébé chat qu'elle avait trouvé devant la porte de son appartement. Elle lui avait aménagé une couchette avec des kleenex dans son étui à lunettes ouvert, et se demandait ce qu'elle pourrait lui faire boire pour le nourrir. C'était joli et drôle. Je m'étais vaguement dit que je pouvais utiliser ça comme point de départ d'une conversation, mais on ne se refait pas.

Finalement, je n'ai jamais bougé. Je ne connaissais que son prénom, Julia. J'avais entendu qu'elle habitait Fos-sur-mer, aussi. Pas grand chose. Je la trouvais belle, j'y pensais plus qu'à mes cours d'anatomie, mais je n'ai jamais bougé, je n'ai jamais fait un pas vers elle. J'ai bien tenté, à plusieurs reprises, j'ai bien failli, mais j'ai toujours abandonné juste avant la rencontre. Tant pis, finalement. Je suis un habitué des déceptions.

L'année d'après, j'ai quitté la médecine mais emporté par je ne sais quel esprit romantique et niais, je lui ai écrit une lettre. Un de mes amis la croisait tous les jours et s'était proposé de la lui donner (il m'avait même communiqué son nom de famille). Je ne sais plus du tout ce que j'ai mis dedans. Vraiment, aujourd'hui, le trou noir. Elle n'y a pas répondu mais on s'est croisés un soir, et on en a parlé rapidement. Confus, assez honteux (car je ne lui avais pratiquement jamais adressé la parole avant, faut-il le rappeler), j'avais surtout essayé de me débarrasser du problème, de minimiser. De son côté, elle m'avait dit beaucoup travailler, avoir la tête ailleurs. Elle avait un an de moins que moi et c'était sa dernière chance d'obtenir le concours. Après une conversation plutôt gênée, on s'était quittés sans rien décider. Je me souviens qu'elle m'avait invité plusieurs fois à exprimer ce que j'avais sur le coeur, "si tu as quelque chose à me dire". Mais non, rien. Sacré bon vieux lâche.

Les jours suivants, quand on se croisait dans la cité universitaire où elle vivait et où j'allais manger le soir, on se disait salut en souriant. C'était idiot, pas grand chose, mais ça me faisait plaisir. Je la trouvais belle, peut-être que je l'ai déjà dit. Mais c'est important. Des petits moments où les armes sont baissées, au milieu du monde sauvage. Des souvenirs minuscules. Je trouve rarement les gens beaux. Elle oui, et ça me fait du bien d'y repenser aujourd'hui, alors que je suis pris dans un rythme de vie morne et déprimant, me barricadant contre l'univers avec un cynisme commode. Il y a dix ans, on se saluait en se croisant, on se faisait un sourire et ça me touchait au-delà de toute raison. C'est idiot mais rassurant.

Dix ans ont passé, donc. J'ai oublié bien sûr, je suis tombé amoureux d'autres, j'ai changé, mais la démesure de ces premières passions laisse toujours une trace. L'autre jour, alors que je cherchais à retrouver d'anciennes connaissances grâce à Internet, j'ai tapé son nom sur Facebook. Pas de réponse. J'avais déjà essayé et ce n'était pas mon premier échec, mais cette fois j'ai décidé de pousser plus loin. Je trouvais ça étrange. Tout le monde, me suis-je dit, tout le monde est sur Facebook. Pourquoi pas elle ?

Pour élargir les recherches, j'ai essayé Google. Toujours aucune sortie. Dernier essai, son nom accompagné de la ville. Elle l'avait mentionnée dans l'amphithéâtre, pour s'en moquer. Sous le coup de la passion, même les souvenirs les plus ridicules se gravent profondément dans le crâne. Je n'avais pas oublié ça. Et avec cette combinaison, j'ai pu avoir de ses nouvelles. J'ai trouvé quelque chose.

Elle est morte.

Elle a perdu la vie dans un accident de moto voilà trois ans. Elle n'existe plus depuis trois ans. Ca ne servait à rien de chercher. J'ai sans doute pensé à elle depuis 2007, me demandant où elle en était, ce qu'elle faisait, me disant que j'aurais bien aimé la revoir maintenant que l'emballement était oublié, ne sachant pas qu'elle n'était simplement plus là. Qu'un soir, alors que j'étais sûrement occupé à une activité futile, qu'un soir elle avait disparu avec violence. Que ça fait maintenant trois ans qu'il n'y a plus personne. Je veux dire, ses jambes, je veux dire, ses cheveux, que j'admirais comme un adolescent éperdu. Plus rien.

Je ne la connaissais pas. Ce que je sais d'elle se résume à un visage, un prénom, une ville. Elle chaussait du 36, voilà encore un détail dont je me souviens, une conversation enregistrée comme si elle était capitale. Je ne la connaissais pas et nous avions à peine échangé quelques mots, quelques sourires, mais pourtant depuis deux jours je n'arrête pas de penser à elle. Je n'arrête pas d'essayer de rapprocher ce moment où elle avait parlé de sa ville en riant, ce moment léger, et celui où tout s'est arrêté. Et moi dans l'ignorance depuis, pauvre débile, brave connard, imaginant que le monde bienveillant l'avait à peine emmenée un peu plus loin. Ah mes souvenirs traitres, hein, qui semblent toujours assurer que tout ne peut que bien se passer. Le petit chat endormi dans l'étui à lunettes, les quelques mots que j'avais écrit sur elle dans un journal intime. Et puis la réalité de ce monde répugnant, indigne de nous, qui ne cesse de rappeler que rien n'est fiable, qu'on ne peut se reposer sur aucun rocher, aucune fondation, que tous les fils sont toujours prêts à se rompre.

Allez ça suffit, on a compris, et sois décent.

Il n'y a rien à ajouter, et il faut que je me taise. C'est bien trop lourd et bien trop compliqué. La seule chose qui mérite vraiment d'être écrite, la seule, c'est cette prière d'enfant perdu que je suis et que nous sommes tous, c'est que je la trouvais belle et que je voudrais qu'elle ne soit pas morte.

mercredi 27 janvier 2010

L'élégance

2010, on dirait que c'est l'année de l'amour. Les gens s'aiment, d'un coup. Ca se marie, ça se fait des déclarations et ça tombe enceinte à tous les coins de rue. Pour ma part, 2009 a été bien supérieure à 2008 dans à peu près tous les domaines (on peut pas dire que c'était difficile, en même temps), mais c'est pas encore cette année qu'on m'aura avec ces conneries. En 2010, je continue de détester les gens. Vaille que vaille.

Et j'en viens à penser assez sérieusement aujourd'hui, après que plusieurs portes se soient fermées et que d'autres se soient ouvertes, que la seule utilité du "couple", c'est à dire une fois qu'on a rejeté toutes ces fumisteries en carton que sont l'amour éternel, le romantisme et l'écœurante âme sœur, le vrai but ultime du couple ce n'est ni la perpétuation de l'espèce, ni l'envie d'avoir des enfants, ni même simplement celle d'assouvir des besoins sexuels. Tout ça bien sûr, ça compte un peu, mais ça vient après. La vraie utilité du couple, le nœud fondamental, c'est de te faire supporter l'idée que tu vas crever. C'est fait pour ça, c'est essentiellement pour ça que tu le recherches et que tu ne veux pas le perdre.

Et sans doute même que les illustres concepts de l'amour éternel et de l'âme sœur, tout le délire de maniaque obsessionnel sur les sentiments plus forts que tout, c'est aussi là uniquement pour t'aider à supporter l'idée que tu vas crever. Car une fois que tu l'as, ta merveille d'Amour, alors tout va bien, te voilà sauvé. Tu vas crever quand même mais tu peux te projeter mentalement vers l'infini. Parce que t'es amoureux, quoi. D'une idiote qui ne te comprend pas, qui n'a rien d'élégant ou de noble, qui n'est ni déesse ni djinn mais qui chie, qui pisse, qui bave, qui râle et qui exige, qui t'oblige à faire des choses qui ne te plaisent qu'à moitié, des milliers de concessions tristes et inutiles, et qui se fera finalement attaquer par des vers blancs quand elle sera claquée dans son cercueil.

Mais tout ça, ce n'est rien. Ce n'est pas grave parce que tu l'as, et que le monde entier peut le constater, et que tu obliges le monde entier à le constater, et que tu en ferais des poèmes, des chansons en anglais si tu savais, pour que le monde entier comprenne et te rassure en confirmant que tu ne t'es pas trompé. Non, tout ça, ce n'est rien. Ce n'est pas grave. Même si tous les autres couples du monde se sont déchirés et sont quand même morts, pour toi c'est différent. Pour nous c'est différent. Ô, Nous. Nous, et puis le monde en harmonie autour. Et ce soleil qui brille si fort, et pour encore si longtemps. Nous les uniques. Et notre amour nous propulsera dans l'éternité. Gosh.

Je ne retomberai pas amoureux. J'essaierai, en tout cas.

Il faut le savoir. Amoureux ou pas, couple unique ou pas, de toutes façons tu es pareillement seul et pareillement mortel. Mais c'est comme le condamné ficelé à un poteau, face au peloton d'exécution. Il y a celui qui garde son bandeau sur les yeux, et celui qui a peur mais qui refuse quand même de le porter. Ca ne change rien au résultat final, mais celui qui a la force d'affronter l'idée de sa mort imminente en face, il me paraît plus digne de respect. Plus classe. Et même si c'est inutile puisque rien n'a de sens, je préfère essayer d'aller vers l'élégance.

Je sais que je n'aurai sans doute pas la force de tenir pendant toute ma vie. Plus je vais vieillir et plus ça va être difficile, plus j'aurai tendance à m'auto-persuader que l'amour existe et que ça me rend immortel à travers mon âme. Ou à travers la moitié du sang de mes enfants, le quart de mes petits-enfants, et la part négligeable de mes arrières. On se rassure comme on peut. Je ne serai sûrement pas très heureux en couple, pas plus qu'aujourd'hui en tout cas, je veux dire pas plus qu'en couple libre et amusant et sans amour, mais le bénéfice que ça m'apportera, à savoir mieux supporter l'idée que je ne vais plus tarder à crever, ce bénéfice sera supérieur aux inconvénients (accepter les engueulades, accepter de céder sur des choses qui me tenaient à cœur auparavant...)

Et je serai certainement sincère. Je serai certainement convaincu que cette fille est parfaite, qu'elle me comprend, qu'elle est gentille et qu'on est bien tous les deux, que j'ai enfin trouvé l'amour. Mais au fond, je me serai fait bouffer. J'aurai perdu, parce que je sais que si j'étais immortel, je ne chercherais pas la stabilité amoureuse. Je n'aurais pas besoin de tomber amoureux parce que je ne serais pas désespéré de penser que l'ultimatum approche. Je coucherais à droite à gauche, je m'entendrais parfois bien avec certaines filles, mais je serais célibataire tout le temps. Libéré de l'angoisse. Je me travaillerais une vie saine, j'essaierais d'évoluer mais tout seul, sans m'ajouter la contrainte d'une Unique à domicile. Si j'étais immortel je n'en aurais pas besoin, j'aurais mes amis et ça me suffirait pour être heureux.

jeudi 24 septembre 2009

Et quand ils seront âgés et que leurs os grinceront de rouille, quand ils peineront à garder le dos droit et que par accident, parfois saisissant un mot anodin dans une conversation, parfois une ancienne odeur dans une rue autrefois familière, oui quand par accident ils tourneront la face vers leur passé mort, peut-être qu'ils verront.

La succession de vides, les décors de carton-pâte dans lesquels ils ont toujours évolué en les croyant resplendissants, le désespoir de n'avoir rien construit, rien compris, mais de n'avoir cessé de suivre le courant, leur stupide mouvement de balancier, calqué sur celui de tous les autres qui jamais n'avancent, le désastre de ce temps perdu pour rien, perdu à rien, et cette progression lente vers la gueule fade et indifférente du néant.

Nous qui fûmes des bébés ravis en nos fossettes.

Je sais que cela ne dure jamais longtemps et que les œillères sont faciles à remettre en place, je sais que les comptines, les berceuses, reviennent donner foi en l'univers malgré leurs cheveux blancs et leurs articulations bloquées, je sais que la lumière du jour rassure malgré l'ennui profond, et je sais que l'angoisse sourde ne leur durera qu'un temps.

Mais je sais aussi que pendant un instant, je n'aurai plus été seul à suffoquer.


dimanche 12 juillet 2009

Au milieu du troupeau

Il faut que je m'excuse par avance des propos que je vais tenir, dignes de ces mongolitos d'altermondialistes à écharpes, des écolos les plus neuneus, ou bien de tous ces schtroumpfs à lunettes moralisateurs, resortant les poncifs du JT avec un regard grave pour faire cultivé. Au moins, c'est dit.

J'ai tendance à m'autoflageller en permanence. Ca serait de l'égocentrisme avancé que ça m'étonnerait pas. Le genre qui se croit tellement important que si quelque chose foire, c'est sûrement de sa faute. Vous savez bien. Il n'y a guère que sur ces problématiques barbantes de réchauffement climatique et de société consommation aliénante que je ne me considère pas comme coupable. De rien du tout. Chier, tiens. On dira que je n'ai pas la notion des priorités, d'accord : pour me repentir parce que Machine fait la gueule ce matin, et que je suis persuadé que ça vient de la blague que je lui ai faite il y a trois mois, je suis très fort. Par contre, pour éteindre la lumière chez moi pendant cinq minutes, et aider ainsi notre pauvre planète à reprendre son souffle, y'a plus personne. Certes. Mais c'est pas la question.

J'ai en horreur la culpabilisation de masse, et la tronche de tous ces petits branlos débraillés de 18 ans qui te réclament la liberté en hurlant, dans un pays où il est extrêmement bien vu de médire de son président chaque jour. C'est essentiellement pour cela que je n'ai jamais pu prendre au sérieux le délire fantatique des altermondialistes, et encore moins y adhérer. Ils me font chier à répéter que c'est moi le méchant, et que Jésus-l'équitable viendra sauver mon âme si je cesse de consommer chinois.

Ca n'empêche pas une chose. Pour rire (et il faut bien le reconnaître, parce que c'est carrément pas loin d'être vrai), j'aime bien me prétendre cible idéale du marketing de masse. Sauf que cet après-midi...

A quelques minutes de bus de chez moi, il y a ce qu'ils appellent un "Centre commercial régional". C'est à dire une sorte de monstruosité de béton, ressemblant vaguement à un paquebot échoué au milieu d'un parking, et desservant j'imagine toute l'Ile-de-France. A mon avis c'est faux, et j'aurais trouvé plus perspicace une appellation comme "Centre commercial départemental" mais enfin, c'est pas mon problème.

Trônant à son extrémité nord, vautré sur trois étages, et exhalant dans un rayon de trente mètres les pires odeurs de bouffe et de poubelles qu'on puisse imaginer, il y a le roi Carrefour. Le supermarché le moins cher de l'univers, qu'en fait si, y'a quand même Leclerc qui est mieux, ou peut-être Auchan. Et le samedi après-midi, Carrefour c'est le QG du 9-3.

C'est la vision définitive de ce qu'a généré la logique de consommation de masse. Soit environ trois-cent mille personnes tassées dans d'étroits rayons, qui tâtent des légumes, se bousculent, gueulent sur leurs gosses qui braillent, six-cent mille mains dégueulasses qui se jettent sur les camemberts Reflets de France, qui arrachent des fringues de leurs cintres, les examinent sous tous les angles en moins de cinq secondes, les roulent en boule façon serpillière et les balancent dans un coin, et toi au milieu, grimaçant de dégoût mais bien obligé de faire avec.

Il faut slalomer entre les caddies, éviter les vieilles qui puent, les pouffes qui marchent à l'envers pour parler à leurs potes, il faut faire attention à ne pas mettre les pieds dans les flaques douteuses s'étalant quelques fois près du type qui vend des accras de morue dans sa guérite moisie, il faut composer avec les odeurs de bouffe, les odeurs de transpiration, l'aspect de la viande dans les barquettes en polystyrène. Il faut faire la queue à la caisse, avec ton panier rempli à ras-bord de trucs qui te donnent la nausée tellement le monde entier te répugne.

Et quand tu sors de là, étourdi comme une mouche qu'on aurait enfumée, et que tu vas t'asseoir sous l'abri-bus, il faut que tu jettes encore un oeil sur LA pub. La pub pour cette chaîne d'établissements dont tu te plais à dire que tu es un fan-boy, parce que ça choque tellement les gens que c'en est drôle, et parce que c'est vrai que tu aimes bien, en réalité. Assis là, sur ce banc déglingué, tu as le choix entre l'affiche de pub et les voitures qui sortent de l'autoroute, pas loin. Broum-brouuum. Carrefour, la qualité pour tous. Accras de morue, grosse mamma voilée qui pue la sueur. Piaillements de gamins déchaînés, emballages de jambon Herta par terre, fringues répandues sur le sol, bip-bip de la caisse enregistreuse. Et puis :

Hamburger, petite frite, fruits à croquer, glace : seulement 1€ chacun chez McDonald's.

Brulez en Enfer ! Arrière ! Où est la Nature ? Soudain je veux des légumes, je veux des fruits frais. Jésus-l'équitable, sauve-moi.

Et pourtant. Cette société-là, ce fonctionnement-là, c'est le seul qui puisse répondre aux besoins de la meute. Le monstre endormi sur son parking, allaitant les nuées d'insectes de la région. Et j'ai beau penser que je suis unique, j'ai beau ne voir le monde qu'à mon échelle, la réalité c'est que je ne suis qu'une part de la masse, et que j'y ai ma place, aussi bien que les ploucs en marcel et leur caddie débordant de packs de bière (je me demande toujours ce qu'ils en font, c'est pas possible de tout boire tout seul...) Je suis le consommateur anonyme qu'on gave de saloperies enrobées de papier brillant, pour que ça lui attire les yeux. Je suis le bouseux lobotomisé qui fait la queue au McDo du coin, attendant son sandwich au milieu de milliers d'autres sandwiches, j'obéis et je souris, parce que la vérité c'est que je crois que pour MOI c'est différent. Ca n'a rien de drôle.

Je me crois différent. Je crois que je ne suis pas la foule. Je crois que j'ai une identité à part. C'est sans doute faux.

Un jour, me disais-je sous mon abri-bus, un jour j'aurai une maison à la campagne et ça ira mieux. Fini tout ça. Un jour, j'aurai la vie que je souhaite. Un jour, j'aurai retrouvé l'illusion que je suis unique et important. J'aurai oublié l'angoisse de n'être qu'un élément inutile parmi un troupeau de veaux débiles. Alors je me laisserai sans doute aller au lyrisme, rassuré, je regarderai le ciel et je me dirai que je suis vraiment formidable.

Ne sachant pas que, dans une des pièces de ma maison fantastique, un réfrigérateur maintiendra toujours la température à 4° pour ne pas que mes Knacki Balls pourrissent trop vite.

dimanche 28 juin 2009

Les nuits de tristesse

Il y a des soirs où tout te semble tellement inutile et creux, il y a des soirs où le gouffre te regarde avec tant d'intensité que t'en viendrais presque à dire à n'importe qui, avec des accents de folie désespérée dans la voix, comme si t'étais en train de crever sur place, "sauvez-moi".

Prends-moi dans tes bras toi que je ne connais pas, et allons dormir pour tout oublier, et je sais que ce sera faux évidemment, je sais que tu n'es rien et que tu te fiches comme d'une guigne de ce que je raconte, je sais que tu trouves sans doute mes propos démesurés et lamentables, je sais que tu ne me sauveras pas vraiment et que tu n'as même pas vraiment envie de me sauver, je sais que tes bras ne seront rassurants que parce que j'aurai décidé de les trouver rassurants, et pas parce que ce seront spécifiquement les tiens, mais j'aimerais qu'on ne pense pas à tout ça et qu'on y croie un petit peu, au moins ce soir. Là, ce soir, s'il-te-plait, qu'on arrête d'être cyniques, qu'on arrête de se méfier et d'user de stratagèmes débiles, j'aimerais bien qu'on baisse nos armes un instant, nos défenses impitoyables, et que pendant les quelques heures qui nous séparent encore de l'aube, on se sente un peu moins seuls au milieu des ombres.

mardi 23 juin 2009

J'avais cent ans, j'me reconnais plus

(un "vieux" truc que je n'avais pas publié)

Bon sinon, vous regardez pas la nouvelle star sur M6 ?

Dans la nouvelle star, tous les ans y'a un membre du jury qui chiale. En fait c'est toujours le même, c'est Lio. Genre woah, les émotions et les vibes que t'as envoyées pendant ta chanson, c'était trop bouleversant, je trouve plus mes mots.

Bon, des fois c'est vrai, y'a des prestations impressionnantes (c'est pour ça que je suis fidèle au poste), mais quand même, de là à se mettre à chialer. J'veux dire, c'est quand même assez ridicule (mais en même temps, c'est Lio).

Alors ce soir, Lio a pleuré après la prestation d'une fille de 16 ans avec des grosses lunettes à montures noires, qui a un look proche d'Ugly Betty et qui s'appelle Camélia-Jordana. C'est pas un prénom, je sais bien, mais ils ont l'air spéciaux dans sa famille.

Camélia-Jordana a chanté Le coup de soleil, de Richard Cocciante. Quand ils ont annoncé la chanson, j'ai grommelé dans ma barbe parce que je pensais que ça allait être mauvais. Parce que cette année, y'a beaucoup de merdes.

Moi j'aime bien Richard Cocciante, et j'aime beaucoup Le coup de soleil. Je me disais qu'elle allait faire un truc sans saveur, ou qu'elle n'aurait pas assez de coffre pour envoyer comme lui à la fin de la chanson.

Elle a commencé à chanter, et mon erreur c'est quand j'ai voulu en chanter un bout en même temps qu'elle. J'ai fait comme Gilles, dans la chanson d'Abd Al Malik. J'ai fondu en larmes. Jte jure. Comme ça. J'ai rien compris. Devant la nouvelle star. Devant une meuf de 16 ans qui a un prénom à la con. Sa race. D'ailleurs avant de lâcher prise, j'ai juste dit "putain quelle salope". Parce qu'elle a carrément emporté le truc.

Je me disais non, mais c'est parce que j'aime beaucoup la chanson d'origine, c'est pour ça. C'est parce que ça doit me rappeler des trucs, et tout. Jveux dire, c'est pas possible que je chiale devant la nouvelle star. Jveux dire, je peux pas être devenu une fiotte à ce point. Jveux dire, bordel.

A la fin, deux des glandus qui composaient le jury ont dit que c'était cool, mais alors choisir Cocciante mon dieu, quelle soupe, comment a-t-elle pu ? Je les aurais flingués, moi j'en étais encore à sécher mes larmes.

Ensuite Lio a essayé de dire ce qu'elle en avait pensé mais elle s'est empêtrée dans ses sanglots. Ouf. C'est Lio, c'est ridicule, mais je me suis senti un peu moins seul, hé.

Je suis sûr que si je réécoute la chanson maintenant, ça ne me fera plus rien. J'espère.

http://www.wideo.fr/video/iLyROoafMv5i.html

jeudi 18 juin 2009

7 d'un coup

Barack Obama vole à nouveau au secours du monde libre, affirmant un peu plus sa stature d'immense président. Après avoir rédigé un mot d'excuse pour une écolière qui assistait à l'un de ses meetings, le petit père des minorités opprimées a tué une mouche en direct à la télé. A main nue. Ô jour de gloire. Les journalistes témoins de l'exploit ont perdu toute contenance pendant un instant, transis d'admiration qu'ils étaient, hululant presque de bonheur à l'idée que leur président faisait aussi parfois des trucs comme eux.

L'information stupéfiante a tout de suite été relayée dans le monde entier, entraînant manifestations de liesse collective, embrassades sur les champs de bataille, et réductions spontanées d'émissions de gaz à effet de serre. Dans l'euphorie, Ségolène Royal aurait même brièvement envisagé de faire du 17 juin un jour de fête universelle.

Mais ce n'est peut-être pas fini. Qui sait, demain Obama pourrait faire un jeu de mots, ou déclarer manger régulièrement des M&M's.

On a bien fait de soutenir bruyamment sa candidature en France, en tout cas, car voilà un homme qui ne plaisante pas avec ses ennemis. L'Iran et la Corée n'ont qu'à bien se tenir. Et qu'on se rassure, liberté et démocratie sont décidément bien gardées.