Quelques fois, les souvenirs de mon enfance ou de mon adolescence sont si présents et si nets qu'il me paraît impossible que ces périodes ne reviennent jamais. Ou plutôt, qu'elles aient définitivement disparu. Les étés, les cueillettes de cerises dans le pré derrière la maison, les après-midi chez Vincent, Guillaume, Jérémy, les soirs de semaine et les talk-show à la radio, et même une vieille cassette audio avec les Greatest Hits II de Queen. Parfois, tout ceci semble posséder une signification cachée, bien que ce soit ancré dans la banalité la plus triviale, et il m'en vient la certitude que tout recommencera un jour, exactement de la même façon. Une sorte d'intuition proche de l'éternel retour, cher aux anciens Grecs. Tout reviendra, enseignaient-ils, dans le même ordre et à la même place ; il y aura de nouveau un Socrate et un Platon, et ils prononceront les mêmes paroles qu'ils ont déjà prononcées une infinité de fois dans le passé.
La musique ouvre parfois ces portes-là. Pas forcément la grande musique ; même Queen. L'ordre des chansons, la voix de Freddy Mercury, m'obligent à adopter un point de vue plus élevé en me tirant en arrière, et brusquement quelque chose me chuchote : « hé mon vieux, t'as pas encore compris ? La même histoire se répètera de nouveau, et encore une fois, à l'infini. »
Et alors toute argumentation rationnelle est hors-sujet : je sais.
mercredi 30 janvier 2013
vendredi 25 janvier 2013
Requiem aeternam dona eis
J'aurai l'immense privilège de chanter ce soir, sans doute pour la dernière fois de ma vie, ce que je considère être l'un des trois ou cinq plus grands sommets du patrimoine artistique de l'humanité, la Messa di Requiem de Verdi, à l'église Saint-Augustin. Si on me l'avait annoncé il y a encore 4 ans (avant ma découverte de l'Académie de musique), pour paraphraser une lettre de Brahms : probablement que l'excitation m'aurait rendu fou.
A plusieurs reprises, au cours des quelques mois de répétition, j'ai été tenté d'abandonner et de ne pas la chanter, désespéré d'avoir l'impression que nous rendions médiocre une oeuvre grandiose. Puis les choses se sont affinées. Après trois concerts, nous voici arrivés à la dernière représentation, et nous ne serons donc jamais mieux préparés que ce soir. C'est ce soir qu'il faut se perdre ; c'est ce soir que se trouve ma dernière chance de me laisser engloutir. La dernière possibilité de disparaître un instant, parce qu'on aura pu emprunter une porte vers l'essence même des choses - ce moment rare et réconfortant où l'on n'est plus soi-même, où les limites qui nous séparent du reste du monde tombent.
Il me semble que c'est exactement l'intention derrière les derniers chuchotements de la messe, libera me, délivre-moi ; et que l'illusion de ce que je suis s'éparpille et se dissolve dans l'air.
A plusieurs reprises, au cours des quelques mois de répétition, j'ai été tenté d'abandonner et de ne pas la chanter, désespéré d'avoir l'impression que nous rendions médiocre une oeuvre grandiose. Puis les choses se sont affinées. Après trois concerts, nous voici arrivés à la dernière représentation, et nous ne serons donc jamais mieux préparés que ce soir. C'est ce soir qu'il faut se perdre ; c'est ce soir que se trouve ma dernière chance de me laisser engloutir. La dernière possibilité de disparaître un instant, parce qu'on aura pu emprunter une porte vers l'essence même des choses - ce moment rare et réconfortant où l'on n'est plus soi-même, où les limites qui nous séparent du reste du monde tombent.
Il me semble que c'est exactement l'intention derrière les derniers chuchotements de la messe, libera me, délivre-moi ; et que l'illusion de ce que je suis s'éparpille et se dissolve dans l'air.
vendredi 29 juin 2012
Journal stupide
Expérience ratée : me lever chaque matin deux heures plus tôt pour écrire, et produire une nouvelle courte par semaine.
La première nouvelle n'est pas terminée qu'elle est déjà mauvaise et irrécupérable. Le style est presque inexistant et tout y sent la précipitation. Même si c'est un premier jet, c'est un premier jet de mauvaise qualité, sur lequel il me sera impossible de construire un château.
Il faut vraiment en finir avec les méthodes conseillant de boucler très vite l'histoire puis de prendre ensuite son temps pour l'arranger. Je n'y arrive pas, ça m'est anti-naturel, et ce n'est même pas ainsi que je fonctionne dans mon boulot de créatif. Peu importe si c'était la façon de faire de Bradbury ; chez moi ça ne fonctionne jamais. Les meilleures pages que j'aie jamais écrites l'ont été dans la lenteur et le soin apporté aux détails stylistiques dès le premier jet. De même pour mes chartes graphiques. Je me demande ce qui ne tourne pas rond chez moi pour toujours vouloir essayer autre chose.
En attendant, moral pas folichon. Le monde comme volonté et représentation de Schopenhauer m'apporte un peu de réconfort, mais en contrepartie je n'ai plus envie de lire de fiction. Il est assez délicat de se rendre compte que la solution à l'énigme du monde existe dans un bouquin de bientôt deux-cents ans, tout en espérant, alors qu'on le déchiffre, pouvoir continuer à penser à autre chose. Malgré l'étrange soulagement apporté par la parole de Schopenhauer (à la fois dans le fond et dans la forme, souvent drôle ou bassement énervée), il m'arrive de souhaiter en voir la fin, pour revenir à des considérations plus triviales.
La première nouvelle n'est pas terminée qu'elle est déjà mauvaise et irrécupérable. Le style est presque inexistant et tout y sent la précipitation. Même si c'est un premier jet, c'est un premier jet de mauvaise qualité, sur lequel il me sera impossible de construire un château.
Il faut vraiment en finir avec les méthodes conseillant de boucler très vite l'histoire puis de prendre ensuite son temps pour l'arranger. Je n'y arrive pas, ça m'est anti-naturel, et ce n'est même pas ainsi que je fonctionne dans mon boulot de créatif. Peu importe si c'était la façon de faire de Bradbury ; chez moi ça ne fonctionne jamais. Les meilleures pages que j'aie jamais écrites l'ont été dans la lenteur et le soin apporté aux détails stylistiques dès le premier jet. De même pour mes chartes graphiques. Je me demande ce qui ne tourne pas rond chez moi pour toujours vouloir essayer autre chose.
En attendant, moral pas folichon. Le monde comme volonté et représentation de Schopenhauer m'apporte un peu de réconfort, mais en contrepartie je n'ai plus envie de lire de fiction. Il est assez délicat de se rendre compte que la solution à l'énigme du monde existe dans un bouquin de bientôt deux-cents ans, tout en espérant, alors qu'on le déchiffre, pouvoir continuer à penser à autre chose. Malgré l'étrange soulagement apporté par la parole de Schopenhauer (à la fois dans le fond et dans la forme, souvent drôle ou bassement énervée), il m'arrive de souhaiter en voir la fin, pour revenir à des considérations plus triviales.
lundi 9 avril 2012
Les mots
Les mots, les mots, les gens se gargarisent tellement de mots, ils en ont plein la bouche et plein les mains, et ils en laissent de grosses traces odorantes partout où ils veulent se montrer distingués. « Les mots, mes meilleurs amis, les mots que je sculpte et que je tricote, les mots que je mets sur mes maux », et toutes ces salades écoeurantes, étincelantes comme de vieilles breloques, poisseuses de médiocrité.
Ca chlingue partout les mots, l'odeur me rend fou. Dans la presse, les éditoriaux, les reportages, les entretiens et les décryptages ; dans ce qu'on fait semblant de nommer encore
« littérature
», les romans, les essais et ces pimpants blasphèmes que sont les autofictions ; à la télé et à la radio ; sur les affiches de films de toutes les rues de Paris ça pue les allitérations minables, les contrepéteries et la branlette emphatique. Ca pue les jeux de mots consternants dans le métro, ça refoule la poésie pas fraîche, pré-digérée et encore chaude d'avoir été régurgitée, ça pue dans les opérations publicitaires des grandes surfaces (« les zeufs », c'est le nom de la campagne d'animation d'Auchan pour Pâques - il faut comprendre "les oeufs", mais si quelqu'un devine un quelconque intérêt à ce détournement, qu'il me fasse signe) ça pue sur Facebook et sur Twitter, l'Internet entier est un cloaque bourré à craquer de phrases incohérentes, de néologismes barbares, de tournures snobs copiées sur ce que rumine le troupeau des illettrés médiatiques.
Car puisque plus rien n'a de sens, il ne reste qu'à se goinfrer avec la forme. On fait croire ainsi qu'il y a encore du contenu derrière les mots, c'est à dire qu'il y a encore de la vie qu'on peut raconter. Mais la vie est déjà loin et les mots ont rompu leurs liens avec le sens depuis longtemps, ils flottent maintenant dans l'espace, tous gonflés et suffisants, et ce qui reste d'êtres humains s'en sert pour ne rien nommer, ne rien désigner, ne rien expliquer en prétendant tout connaître. On en fait des constructions compliquées, on les empile, on les tord dans tous les sens pour tenter d'en exprimer le principe pur, c'est-à-dire le non-sens terminal, et jaillissent ainsi des créatures abjectes et terrifiantes de vide, de monstrueux dieux en toc, attifés pour cultiver de loin une ressemblance avec ce qu'on appelait de "mauvais jeux de mots", lorsque les jeux de mots avaient encore une réalité.
Et cette poésie répugnante du métro, par pitié, ces autoérotismes, ces petites projections satisfaites qu'on affiche glorieusement dans le néant et qui disparaissent à peine les a-t-on remarquées, sans avoir éclairé ou éveillé quoi que ce soit, sans avoir eu le moindre rapport avec le plus petit phénomène réel.
Nous vivons les derniers temps avant le vide.
Et cette poésie répugnante du métro, par pitié, ces autoérotismes, ces petites projections satisfaites qu'on affiche glorieusement dans le néant et qui disparaissent à peine les a-t-on remarquées, sans avoir éclairé ou éveillé quoi que ce soit, sans avoir eu le moindre rapport avec le plus petit phénomène réel.
Nous vivons les derniers temps avant le vide.
jeudi 30 juin 2011
Sur la magie
Dans tout ce que je fais, au final je ne cherche que la magie. Je sais bien que je ne la trouverai jamais mais je ne peux pas m'empêcher de chercher quand même. Je la traque sans y penser, avec des regards en coin ou une attention portée soudain à des détails, à des scintillements qui annoncent sa présence mais qui disparaissent très vite. Et d'autres fois c'est encore pire car l'impression de l'avoir trouvée ne s'efface pas d'elle-même. Il faut l'éprouver et alors je sens littéralement la magie s'évaporer, comme une goutte d'alcool sur les mains.
La magie, c'est le pressentiment qu'un phénomène transcendant l'univers, quelque chose de purement spirituel et n'étant relié à la physique en aucune façon, pourra me sauver de ma condition de mortel. C'est l'aspiration humaine à trouver du sens, à s'échapper, c'est la partie de l'âme qui rêve d'infini et de complétude.
La magie, je la vois parfois scintiller dans la dentelle du soutien-gorge de la fille qui attend son tour à la caisse d'un magasin, toute molle et fatiguée. Elle ne fait pas attention à moi, elle ne fait attention à rien, et alors subitement comme ça au milieu du monde il y a ceci, ce détail qui me capture le regard et qui semble me parler de très loin, m'annoncer quelque chose. Il doit y avoir un sens caché derrière des fesses bouleversantes, derrière un sourire de fossettes. Il doit y avoir un sens caché derrière le soir qui tombe et les odeurs de la nuit. Il doit y avoir un sens caché derrière une oeuvre d'art saisissante dont je ne sais pas comment parler. Ca ne peut pas être juste de jolies choses, il y a de l'indicible là-dedans. Il y a de la transcendance partout, si je me laisse aller.
C'est l'instinct bien sûr, qui rend ces impressions convaincantes. Et c'est ce qui me tombe désormais dessus si par faiblesse je me mets à rêvasser : reviens sur terre, fils. La seule chose susceptible de te transcender c'est ton instinct d'animal, la volonté aveugle de ton espèce qui te pousse à admirer les formes féminines. Et une dentelle de soutien-gorge ne porte ni le monde ni personne. Un soutien-gorge lui-même, une fois dégrafé, ce n'est guère plus qu'un morceau de tissu. Et les seins nus révélés, ce n'est plus magique, c'est seulement beau - et même pas toujours. Mais qu'est-ce que j'ai à faire avec la beauté ? Je me fous de la beauté, seule la magie peut me sauver.
Le soir ne tombe que parce que la Terre tourne, et la nuit n'est odorante que parce que la température tombe et que l'air se refroidit. Reviens sur terre, fils. Tu es seul au milieu de rien, avec la malédiction de ta conscience pour t'affoler et te faire cogner vainement aux barreaux de la cage. Mais rien ne te répondra jamais car rien n'est là, aucune présence et aucune âme. Seuls errent pas très loin d'autres comme toi, d'autres qui parfois ne soupçonnent même pas le vide qui les entoure. Et s'ils savent, que peuvent-ils ? Se blottir dans tes bras pour un peu de consolation peut-être, mais combien de temps ? Quelques minutes, une heure ? Une nuit, parfois. Et pendant cette nuit, quand tu ouvriras les yeux, le visage de l'autre endormie à côté te communiquera à nouveau un sentiment d'indicible, une puissance cosmique et transcendante. Parce qu'un visage qui dort ce n'est pas juste beau, c'est l'annonce de la magie. C'est un frémissement métaphysique. Mais pour combien de temps, à nouveau ? Et que faire avec cette porte, comment l'ouvrir ? Reviens sur terre, fils. Lève donc les yeux au-dessus de vos deux corps alourdis et vois flotter l'ombre de l'instinct qui vous a rapprochés, votre seule transcendance à tous les deux.
Lorsque vient le matin, quoiqu'il en soit, la lueur terrifiée réapparait dans les yeux. Quoi, rien ? Quoi, tous seuls ? Et Bach alors ? Et cette émotion profonde et lointaine qui saisit chaque part de ton être lors d'une progression harmonique, ou pour quelques notes entre deux mesures ? Ce n'est pas l'annonce de quelque chose de plus grand ? N'y-a-t-il rien là dedans qui s'adresse à moi ? Mais non. Les notes se déroulent, passent, et puis la musique se termine et puis il n'y a plus rien, et dans la rue quelqu'un jure ou bien une moto démarre.
N'y-a-t-il rien nulle part qui puisse répondre ? Entendre, allez d'accord, entendre, seulement entendre. Je me traînerais à genoux, comprenez-vous, simplement pour être entendu. Et même pas entendu personnellement ; que ce soit l'espèce humaine indistincte, s'il le faut. Mais rien. C'est cela, c'est aussi simple : rien. Tout est si bêtement explicable. Tout est si bêtement physique.
Quelle consolation pourtant, que ces instants de fausse magie. Je les sais mis en scène, je les sais travaillés comme des affiches de publicité, mais ils sont réconfortants. Il suffit de ne pas y penser. C'est pour cela que je chante : pour les quelques secondes de décrochement où, avec la niaiserie d'un enfant, je croirai presque la magie réelle. Mozart est très convaincant.
C'est pour cela aussi que je peux rattacher chacun de mes goûts à cette quête perdue la magie. J'ai au moins cette cohérence. J'aime Bach parce que sa musique mime le cosmos et lui ajoute une âme - la partita pour violon te serine pendant vingt minutes, avec une force d'autant plus grande qu'elle court-circuite ton intellect pour s'adresser directement à tes sens, elle te serine que l'univers est structuré, qu'il est beau et rassurant, qu'il te parle ; c'est une langue que tu ne comprends pas, mais elle si réconfortante qu'elle pourrait te faire pleurer. J'aime Stephen King parce qu'il matérialise la magie en la faisant entrer par les petites portes du quotidien, qui restent verrouillées lorsque moi, j'essaie de comprendre comment les ouvrir. Il est le seul à savoir mettre en scène la magie de façon si convaincante. J'aime American beauty notamment pour une scène dans laquelle un sac plastique insignifiant tournoie des heures dans un courant d'air, et la conviction de l'un des personnages que c'est l'oeuvre d'une force supérieure, infiniment bienveillante. American beauty réinjecte de l'espoir dans les petits scintillements de magie du quotidien - c'est trop compliqué pour que tu comprennes mais tu peux y croire. J'aime Le lac des cygnes parce que l'histoire, la musique et la danse sont poésie pure et que pendant deux heures je suis transi de reconnaissance, je suis à genoux d'être si proche de la magie, de la voir à quelques mètres. Poésie qui n'existe pas, faut-il le préciser, et danseurs qui partent vite retirer leurs collants à peine le rideau baissé (et ensuite manger, retour en voiture, pyjama et puis se brosser les dents et cracher dans le lavabo de petits éclats de nourriture puants, ô lui le Prince Siegfried quelques heures plus tôt, et elle Odile lumineuse battant des ailes). J'aime Dino Buzzati parce qu'il sait que la magie est morte, il sait qu'elle n'est même pas née et qu'on passe sa vie à l'attendre quand même, fébrilement, sans jamais comprendre que la seule transcendance c'est l'instinct qui plane et qui aveuglément, nous pousse à notre propre reproduction sans fin, sans motif. J'aime Albert Cohen parce que Solal et Ariane ont tenté de faire exister la magie jusque dans l'intime, de dramatiser les magnifiques plis des vêtements, les caresses et les chuchotements, toute une comédie, une sitcom, une publicité de mille cinq cent pages qui leur donne presque des moments de poésie ; mais qu'il le sait aussi lui, Cohen, que rien de tout cela n'a jamais existé. J'aime les déserts de pierre, les landes, les paysages déchiquetés et brumeux, car ils sont le vrai visage de la cage, ils sont le vide sans artifices, sans maquillage, sans le fond de teint que l'humanité applique sur tout pour maintenir l'illusion de la magie cachée, pour se faire croire que la transcendance est atteignable ; ce sont des paysages qui rappellent le vide.
C'est pour cela que beaucoup de choses me laissent indifférent, blasé et peu excité. C'est que beaucoup de choses n'ont pas compris que la magie n'est pas, mais ne savent pas non plus me faire croire qu'elle est.
samedi 14 mai 2011
A la racine
Il me semble plutôt important de comprendre que nous, en tant qu'êtres humains, avons le même degré de liberté "absolue" qu'un verre d'eau posé sur une table. On a l'impression que non parce que nous sommes capables d'agir et de penser par nous-mêmes alors que le verre est inerte, mais en fait voilà : un verre d'eau est incapable de remuer, parce qu'il est limité par sa condition physique. Nous sommes, nous aussi, incapables d'agir en dehors de notre condition physique, c'est à dire en dehors de la constitution particulaire de notre corps, constitution qui (c'est là que c'est important) commande aussi fermement l'ensemble de toutes nos pensées.
C'est à dire que nous ne pouvons pas penser autre chose que ce que nous commandent les interactions chimiques, mesurables et déterminées, de toutes les particules qui nous composent. C'est à dire qu'une pensée libre, non déterminée à sa base par des réactions chimiques inéluctables, est impossible. C'est à dire enfin que les particules commencent d'abord par interagir en répondant à des lois physiques, puis que ces interactions conduisent à une pensée formulée d'une certaine façon. Cette pensée ne pouvait donc être formulée qu'ainsi. Ce n'est pas un quelconque Moi transcendant qui a choisi de penser de telle façon : c'est, en quelque sorte, l'univers. C'est le monde lui-même qui me commande, par l'intermédiaire des lois physiques (et des structures biologiques complexes, qui peuvent se réduire elles aussi à des édifices particulaires déclenchant des réactions physiques canalisées). Les nuances liées au caractère ou à la volonté, qui donnent l'impression que chaque être humain est un Soi propre et indépendant, sont en réalité des nuances liées aux concentrations chimiques innées, à la physiologie du cerveau et à l'environnement.
Ceci est évidemment valable aussi pour les raisonnements les plus complexes, pour les plus vertigineuses mises en abîme, pour ce que je pense à ce moment précis, et même pour le fait de comprendre qu'à proprement parler, "je" n'existe pas.
Nous sommes donc très exactement semblables à un verre d'eau, nous sommes tout aussi inertes, nous sommes soumis au même déterminisme, et l'impression que nous avons d'être constitutionnellement différents de la matière inanimée est une illusion. La moindre de nos pensées, la plus humble et la plus simple, devait être formulée telle quelle, au moment où elle a été formulée, et il ne pouvait en aller autrement ; de la même façon qu'un verre d'eau posé sur une table ne peut réagir que d'une seule façon, parce qu'il répond aux lois physiques - il reste en place.
Puisque la magie n'existe pas (j'entends par magie un phénomène échappant complètement à la physique, qui resterait donc éternellement inexplicable - par exemple la fausse idée que nous nous faisons de l'âme), la vie conçue comme opposition à la matière inerte n'existe pas non plus. Et "je" suis une émanence stricte de l'univers physique, assimilable au chuintement du vent dans une faille rocheuse.
Et pourtant, je ne peux nier ni ma conscience ni la recherche de la beauté.
mardi 5 avril 2011
Traduction obligatoire
En ce moment, l'affiche de pub pour le Double Mix de Quick me tape sur les nerfs parce qu'il y a une petite astérisque après "Mix", comme si c'était un mot anglosaxon, avec cette traduction : "mixte".
Un double mixte. Mais c'est quoi "un mixte", putain ? Un mix, ça parle à tout le monde et c'est dans le dictionnaire, mais non, faut jouer les politiquement corrects incultes en sortant une fausse traduction débile qui ne veut rien dire. En plus de faire des burgers de merde, ils savent pas écrire. Je les prendrais à coups de pioche dans le crâne tellement ça m'énerve.
Un double mixte. Mais c'est quoi "un mixte", putain ? Un mix, ça parle à tout le monde et c'est dans le dictionnaire, mais non, faut jouer les politiquement corrects incultes en sortant une fausse traduction débile qui ne veut rien dire. En plus de faire des burgers de merde, ils savent pas écrire. Je les prendrais à coups de pioche dans le crâne tellement ça m'énerve.
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